Mandat de recherche - Les effets du télétravail sur la demande de transport
Pays
Suisse
Auteurs Sylvain Guillaume-Gentil Ada Rudaj
Le projet analyse en profondeur les effets du télétravail sur la mobilité en Suisse. L’essor du télétravail, stimulé par la tertiarisation de l’économie, la numérisation et surtout la pandémie de 2020, a profondément modifié les comportements de mobilité : entre 2018 et 2023, la part d’actifs pratiquant le télétravail est passée de 24 à 37%, soit plus de 50% d’augmentation. Par ailleurs, le nombre de jours télétravaillés par actif.ve.s qui pratiquent le télétravail est passé de 1,43 en 2018 à 1,97 en 2023.
Les effets directs sont multiples et parfois ambivalents : la réduction du nombre de déplacements peut diminuer les émissions de CO₂, tandis que le décalage des horaires contribue à soulager les réseaux aux heures de pointe sans réduire globalement les kilomètres parcourus.
La méthodologie retenue combine de manière inédite et instructive des analyses individuelles (MRMT, ESPA, enquêtes UNIL) et des analyses globales de fréquentations des réseaux structurants aux échelles nationale et locale (réseau autoroutier, réseau CFF, réseaux TP urbains).
Entre 2018/19 et 2023, en tenant compte du nombre d’actifs en Suisse et des taux de recours au télétravail, c’est environ 8% (soit 2’300 millions de kilomètres) qui ont pu être économisés en 5 ans sur les déplacements « domiciles-travail ». Ainsi, malgré une croissance démographique marquée en Suisse sur cette période, le trafic de semaine journalier stagne, voire baisse, que cela soit sur TP ou les TIM, tandis que celui des week-ends augmente nettement. Les effets sont plus visibles les lundis et vendredis, jours les plus télétravaillés, et davantage dans les transports publics que sur les routes. Les pointes de trafic se réduisent globalement, mais avec des disparités régionales : les régions fortement tertiaires et urbaines (Zurich Bâle Lucerne, métropole lémanique, là où les taux de télétravail sont les plus importants) bénéficient davantage de ces effets.
Les effets indirects restent limités : faible allongement des trajets domicile travail, légère hausse de la mobilité locale les jours télétravaillés et augmentation modérée des excursions et voyages de loisirs. Les « effets rebonds », souvent redoutés, s’avèrent donc finalement modestes.
À l’avenir, plusieurs tendances se dessinent : une stabilisation, voire une légère diminution du nombre de jours télétravaillés, ce qui augure de peu ou pas de gains supplémentaires sur les prestations kilométriques. La possibilité offerte de davantage de flexibilité horaire pour répartir les déplacements au cours de la journée et éviter les pointes peut cependant être exploitée. Toutefois, au des contraintes imposées par le monde professionnel, les niveaux de télétravail semblent avoir atteint un plafond. Dans un contexte d’objectifs climatiques ambitieux, le télétravail restera un levier certes utile, mais insuffisant: pour réduire les prestations kilométriques, d’autres types d’actions seront nécessaires pour promouvoir la ville des « courtes distances ».
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